©Jean-François Bottollier

D’Hermès en Aphrodite

 

A ce miroir où je me regarde sans fin,
Je réfléchis au reflet de ma peau moirée
Un doigt posé sur les lèvres de ma bouche,
Et je tais les promesses de soirées,
Non tenues dans les draps de ma couche
Où je reste sur ma faim.

Pourquoi d’autres corps ne pourraient
Satisfaire mon cœur et mon corps énamouré ?
De moi-même faudra-t-il que je devienne l’amant,
Et de moi-même la délicate maitresse,
Pour des plaisirs épanouis à mes caresses,
Et le regret à l’absence de choses par le devant.

Mais à la raideur d’un index maladroit
Sur un vaporisateur, l’air embrumé
M’inonde d’Hermès en eau parfumée
Et me bouleverse, de jumelle d’Aphrodite
En chimère hermaphrodite,
Par l’opportune maladresse du doigt.

Oh ! Je n’en suis pas si affreuse dite !
Et de la penser très fort
Je me réjouis de cette métaphore
Qui favorise une métamorphose,
Vers des amours inédites,
Enfin dotée par le devant d’une petite chose.

Mais comme cela ne suffit pas
Voilà que d’autres accessoires me poussent.
Une jambe par le derrière,
Des mains à dix doigts et quelques pouces
Et d’autres apparitions particulières
Plus troublantes que flatteuses à mes appâts,
Qui croissent ainsi à découvert
Sur ce corps, en formes hallucinantes,
Depuis de longs seins vésiculeux
A mon ventre ouvert au fruit de mes ovaires
Et jusqu’à ma vulve à la démesure avenante ;
L’azur le disputant à l’aqueux
Dans des transparences de verts et de bleus.

Ainsi plus rien ne me dispense
Pour la chair et ma peau de taire
Les affres et les regrets de l’abstinence
En trouvant fort à propos de faire
Une féconde aspersion odorifère
Par la chose de ce dédoublement salutaire.


Ah ! comme je ne voudrais pour rien au monde,
Enfin dotée d’alléchants instruments
A la portée d’insolites divertissements,
Quitter ces caprices qui m’inondent.
Mais le miroir reprend bon tain
Et je quitte mes rêveries amphigames
Revenant à la trivialité monogame
De mes amours bon teint.